Rétrospectives des boursiers FIRENDO du Congrès de l'association européenne NeuroEndocrine (ENEA), 3 - 5 décembre 2025, Marseille
Auteur : Alexandra Monnot ; Gérald Raverot, alexandra.monnot@chu-lyon.fr
Nouvelles avancées dans le traitement des craniopharyngiomes de l’adulte. Présentation du Pr JOUANNEAU
Deux sous-types histologiques de craniopharyngiomes sont décrits.
Dans la majorité des cas, il s'agit d'un craniopharyngiome adamantin, qui peut survenir aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte. Ce type de craniopharyngiome est souvent de plus grande taille, multiloculaire ou mixte à prédominance kystique, avec une possible présence de calcifications. Sur le plan moléculaire, il se caractérise fréquemment par une mutation de CTNNB1 codant pour la bêta-caténine, impliquée dans la signalisation de la voie Wnt.
Dans environ 20 % des cas, il s'agit d'un craniopharyngiome papillaire, qui survient presque exclusivement chez les adultes. Ce type est souvent tissulaire ou uniloculaire, non calcifié, et se situe en localisation suprasellaire. Sur le plan moléculaire, il se caractérise fréquemment par une mutation activatrice BRAFV600E, activant la voie MAPK.
Depuis des décennies, le traitement de référence reste une exérèse chirurgicale, suivie d’une radiothérapie en cas d'exérèse incomplète ou de récidive.
Récemment, le développement des thérapies ciblées permet d’envisager de nouveaux traitements dans les craniopharyngiomes papillaires mutés pour BRAFV600E.
Plusieurs études ont montré des résultats encourageants concernant les traitements anti-BRAF et anti-MEK.
Une cohorte française récente, où ces traitements ont été utilisés en néoadjuvant, en adjuvant ou en palliatif, a montré un taux de réponse partielle d’environ 95%. Cette étude, initialement menée sur 16 cas, a ensuite été élargie à 22 cas. Les résultats ont révélé souvent une réponse rapide en 2 à 3 mois, avec plus de 50 % de réduction du volume tumoral et une amélioration visuelle. Il n'y a pas eu de récidive dans les groupes néoadjuvant et adjuvant après radiothérapie, après un suivi de 3 ans, ni dans le groupe palliatif sous traitement après un suivi de 18 mois.
La survenue d’effets indésirables et/ou d’une mauvaise tolérance a nécessité l’arrêt définitif chez 18%, et une simple réduction de dose pour 9% des patients.
En parallèle une étude de phase II a été publiée par Brastianos et al en 2023, portant sur les inhibiteurs de BRAF/MEK chez 16 patients nouvellement diagnostiqués avec un craniopharyngiome papillaire. Le taux de réponse était de 94% et une réduction du volume tumoral de 91% a été observée. Douze patients ont présenté des effets indésirables de grade III et deux de grade IV. Trois patients ont arrêté le traitement en raison des effets indésirables.
Certaines équipes proposent donc, en cas de craniopharyngiome papillaire non accessible à une chirurgie radicale, de réaliser une biopsie afin de confirmer la nature papillaire avec mutation de BRAF V600E et dans ce cas les inhibiteurs de BRAF associés aux inhibiteurs de MEK peuvent être envisagés en néoadjuvant. Après 4 à 5 cycles, l’effet antitumoral des inhibiteurs de BRAF et MEK semble maximal et la réduction du volume tumoral obtenu pourrait faciliter la radiothérapie complémentaire. Toutefois, la nécessité de compléter ce traitement par une radiothérapie reste discutée, puisque dans l’étude de Brastianos et al tous les patients n’ont pas bénéficié de cette radiothérapie sans qu’il soit survenu de récidive (mais avec un suivi clinique encore limité). A ce jour, le schéma thérapeutique optimal reste à déterminer notamment en cas de récidive lors de la surveillance. Il peut ainsi être discuté de réintroduire les inhibiteurs de BRAF et MEK, plus ou moins associés à une chirurgie.
Des résultats d’études multicentriques seront nécessaires pour préciser les meilleures options thérapeutiques pour les craniopharyngiomes papillaires. Cependant, les options thérapeutiques restent limitées et hypothétiques pour les craniopharyngiomes adamantins malgré la publication de quelques cas dans la littérature suggérant des réponses significatives avec des thérapies anti-IL6, telles que le tocilizumab, ou avec des anti-VEGF.
Références bibliographiques

