Rétrospectives des boursiers FIRENDO du congrès ECE 2026 à Prague// Nouvelles recommandations sur le déficit en vasopressine

Auteur : Alexandra Monnot ; Hélène Lassole, alexandra.monnot@chu-lyon.fr, helene.lasolle@chu-lyon.fr

Les boursiers FIRENDO et le Pr Jérôme Bertherat au congrès ECE 2026 à Prague

Les boursiers FIRENDO et le Pr Jérôme Bertherat au congrès ECE 2026 à Prague

Les nouvelles recommandations conjointes de la Société Européenne d’Endocrinologie et de l’Endocrine Society sur le déficit en vasopressine présentées lors de l'ECE 2026 actualisent la terminologie, la stratégie diagnostique, la prise en charge et détaillent plusieurs situations particulières.

 


Nouvelles recommandations sur le déficit en vasopressine (ECE Mai 2026, Prague)

La terminologie désormais privilégiée est « déficit en vasopressine » (ou « Arginine Vasopressin Deficiency » en anglais) plutôt que « diabète insipide ». En situation standard, le diagnostic doit être évoqué devant une polyurie hypotonique persistante, typiquement ≥3 L/24 h ou >40 mL/kg/24 h, avec polydipsie et urines relativement diluées (osmolalité urinaire <800 mOsm/kg), après exclusion notamment d’une hyperglycémie et d’une hypercalcémie. Les premiers examens utiles sont la natrémie de base sans condition de dosage spécifique, l’osmolalité urinaire sur échantillon et la copeptine sanguine. Des seuils pour ces paramètres permettent d’orienter vers un déficit en vasopressine, voire de l’exclure, ou d’orienter vers une polydipsie primaire. L’osmolalité sanguine mesurée et calculée est également utile. Si la natrémie est dans la norme et le dosage de copeptine n’est pas disponible ou <5,6 pmol/L, un test de restriction hydrique nocturne est recommandé en l’absence de contre-indication. Si les explorations restent non concluantes, un test de stimulation à la copeptine ou, à défaut, un test de restriction hydrique standard est indiqué. Un algorithme diagnostique résumant l’ensemble de ces procédures et seuils diagnostiques est détaillé dans ces recommandations. En cas de déficit en vasopressine confirmé, une IRM de la région sellaire et suprasellaire et un bilan hormonal hypophysaire sont recommandés. Le traitement du déficit en vasopressine repose sur la desmopressine, débutée le plus souvent en une prise quotidienne 1 heure avant le coucher, puis titrée progressivement en évitant l’hyponatrémie. L’objectif du traitement est de maintenir un équilibre hydrique et électrolytique adéquat tout en optimisant la qualité de vie. Plusieurs formes de desmopressine existent selon les pays : orale et sublinguale avec une durée d’action de 6–8 h, et injectable et intranasale avec une durée d’action de 8–12 h. Il est préconisé de contrôler la natrémie 5-7 jours après l’introduction ou la modification de dose (en l’absence de signe plus précoce), puis régulièrement lors de maladies intercurrentes, même sans lien apparent avec le déficit en vasopressine. L’hyponatrémie constitue de fait l’effet indésirable le plus fréquent. Des retards ou sauts de prise réguliers sont recommandés lors de traitements chroniques afin de laisser réapparaître une polyurie transitoire et limiter le risque d’hyponatrémie. Des situations particulières sont détaillées. Après chirurgie hypophysaire, le diagnostic de déficit en vasopressine repose sur la clinique, la natrémie et les osmolalités sanguine et urinaire. La prise en charge post-opératoire immédiate associe apports hydriques suffisants et/ou une dose unique de desmopressine, préférentiellement en injection SC. En cas de poursuite du traitement oral à la sortie d'hospitalisation, une éducation aux « sauts de prise » est nécessaire, le déficit étant souvent transitoire et pouvant précéder une phase de SIADH. Plusieurs autres situations sont abordées : chirurgie hypophysaire chez un patient avec déficit en vasopressine préexistant, adipsie, grossesse, coloscopie, décalage horaire, travail décalé, sport, alcool, nausées, vomissements, voyage en climat chaud, maladies diminuant la fonction rénale. En conclusion, ces premières recommandations internationales sur le déficit en vasopressine seront particulièrement utiles pour harmoniser et améliorer la pratique clinique.