Rétrospectives des boursiers FIRENDO du congrès ECE 2026 à Prague// Principales caractéristiques et différences biologiques, cliniques et moléculaires des tumeurs du cortex surrénalien selon leur survenue chez l’enfant ou à l’âge adulte

Auteur : Louis Thomeret, louis.thomeret@inserm.fr

Les boursiers FIRENDO et le Pr Jérôme Bertherat au congrès ECE 2026 à Prague

Les boursiers FIRENDO et le Pr Jérôme Bertherat au congrès ECE 2026 à Prague

Lors de l'ECE 2026, le symposium "Les tumeurs corticosurrénaliennes de l'enfant et de l'adulte", organisé conjointement avec le Réseau d’Etudes Européen des Tumeurs Surrénaliennes (ENS@T) a présente les principales caractéristiques et différences biologiques, cliniques et moléculaires des tumeurs du cortex surrénalien selon leur survenue chez l’enfant ou à l’âge adulte.

 


Ce symposium, organisé conjointement avec le Réseau d’Etudes Européen des Tumeurs Surrénaliennes (ENS@T), a présenté les principales caractéristiques et différences biologiques, cliniques et moléculaires des tumeurs du cortex surrénalien selon leur survenue chez l’enfant ou à l’âge adulte. 

Orateurs : Dr Enzo Lalli, directeur d’équipe de recherche INSERM à l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire de Valbonne (France) ; Pr Verna Wiegering, médecin-chercheur dans l’unité d’Oncologie Pédiatrique du Centre Hospitalier et de la Faculté de Médecine de Francfort (Allemagne) ; Dr Lucas Bouys, ancien chef de clinique d’endocrinologie à l’Hôpital Cochin de Paris et actuellement en mobilité post-doctorale à l’Imperial College de Londres (Royame-Uni).

Les sessions ont démontré que les tumeurs corticosurrénaliennes de l’enfant et de l’adulte sont véritablement des pathologies distinctes, malgré leur origine anatomique commune. L’âge joue un rôle majeur car la biologie tumorale varie selon le stade de développement de la surrénale.

La première partie du symposium s’est intéressé à la tumorigénèse corticosurrénalienne du très jeune enfant, qui a pour point de départ la zone fœtale, une région embryonnaire de la surrénale productrice d’androgènes et de DHEA. Celle-ci entre en phase d’apoptose à partir de la naissance pour se différencier et établir les 3 zones adultes fonctionnelles. Cette période est sujette à une plus grande susceptibilité de développement tumoral surtout entre 0 et 4 ans de vie : cet intervalle de temps définit ainsi les formes spécifiquement pédiatriques de tumeurs de la corticosurrénale. 

Ces tumeurs sont fréquemment associées à la présence de mutations germinales (50% des cas) en particulier de TP53 dans le syndrome de Li-Fraumeni, et sont majoritairement responsables d’une hypersécrétion hormonale : virilisation liée à un excès d’androgènes, parfois associée à un hypercortisolisme.

Chez l’adulte, les tumeurs apparaissent dans une glande différenciée et présentent plutôt un taux élevé de mutations sporadiques retrouvées uniquement au sein de la tumeur. Ces lésions sont plus souvent diagnostiquées en tant qu’incidentalome, sans hypersécrétion hormonale franche associée, ou alors lors de l’exploration d’un syndrome de Cushing.

Les tumeurs de la corticosurrénale découvertes chez Les adolescents sont à considérer biologiquement davantage comme des lésions de l’adulte, car elles se développent au-delà de la période critique d’apoptose de la zone fœtale entre 0 et 4 ans.

Les tumeurs corticosurrénaliennes de l’enfant présentent généralement un meilleur pronostic que chez l’adulte, même en cas de mutation germinale de TP53.

Le deuxième versant du symposium portait sur les maladies nodulaires bilatérales des surrénales sécrétrices de cortisol : micronodulaires dans le cadre des PPNAD (Dysplasie Micronodulaire Pigmentée des Surrénales), et macronodulaires pour les BMAD (Maladie Macronodulaire Bilatérale des Surrénales) qui est la nouvelle dénomination de l’Hyperplasie Macronodulaire Bilatérale des Surrénales suite à la révision de la classification OMS 2022. Décrites pour la première fois dans les années 1960 et malgré des caractéristiques communes, elles correspondent à deux entités distinctes et non à un continuum entre formes pédiatriques et adultes. 

Dans la PPNAD, les nodules mesurent en général 5mm et rarement plus de 1cm, avec une pigmentation caractéristique, contrastant avec les larges nodules supracentrimétriques augmentant le volume surrénalien global dans les BMAD.

Les cas les plus précoces de PPNAD ont été décrits à l’âge de 15 mois (médiane de survenue 20-34 ans), vs 20-30 ans pour les BMAD (médiane de survenue 50-60ans). La BMAD n’est donc pas une maladie pédiatrique.

Le syndrome de Cushing est généralement sévère dans la PPNAD, lié à la présence d’une mutation inactivatrice germinale du gène PRKAR1A (responsable du Complexe de Carney) ou une duplication du gène PRKACA (total : 80% des PPNAD) suractivant la voie de la protéine kinase A et conduisant à une synthèse excessive de glucocorticoïdes. L’hypersécrétion de cortisol est plus variable dans les BMAD, est liée au volume tumoral, et au type d’altération germinale retrouvée (hypercortisolisme constamment sévère et dépendant de l’alimentation en cas de mutation germinale de KDM1A).

Les mutations germinales d’ARMC5 sont les causes les plus fréquentes identifiées de BMAD (20% des cas), expliquant 80% des formes héréditaires.

Dans les séries publiées, le traitement chirurgical est l’option de choix (85%) pour les PPNAD, contre 50% des BMAD car dépendant de l’intensité du syndrome de Cushing qui motive l’indication opératoire.

Parmi l’ensemble des lésions nodulaires bilatérales sécrétrices de cortisol, les PPNAD s’intégrant dans un Complexe de Carney sont les plus susceptibles de présenter d’autres manifestations cliniques en particulier des myxomes cardiaques à risque cardio-embolique, les lésions cutanées de type lentigines ou encore des cancers du sein.


Références bibliographiques

https://ensat.org/what-are-adrenal-tumors/