Rétrospectives des boursiers FIRENDO du congrès ESPE 2024, Liverpool
Auteur : Clément Janot, clement.janot@chu-lyon.fr
Les experts de l’Hyperplasie Congénitale des Surrénales font la part belle à l'innovation à l’ESPE 2024
Place à l'innovation thérapeutique dans l'hyperplasie congénitale des surrénales. En effet, l’équilibre du traitement, le bon et au bon patient, est probablement l’un des challenges les plus complexes qui demeurent dans cette pathologie. Ni le trop (risques à long terme) ni le trop peu (risques de décompensations aigues) n’est souhaitable, et ce pour améliorer la qualité de vie des patients. L’aide des dosages hormonaux, précieuse, est pourtant complexe car aucun marqueur n’est parfait. Aussi, il existe de grandes variabilités de pratique par les pédiatres, les endocrinologues adultes et les non spécialistes, d’un pays à l’autre et au sein d’un territoire. Le Pr. Nils Krone (Université de Sheffield, UK) a présenté aux congressistes l’hétérogénéité des pratiques entre les différents praticiens et centres de santé sur un même territoire, suivant pourtant les mêmes recommandations. Les données montrent que seul l’établissement de santé dans lequel un patient est pris en charge peut expliquer entre 23 et 45% de différence de doses de médicaments administrées. Et d'autres variabilités viennent se surajouter : dosage des médicaments, marqueurs biologiques, disparités des parcours de soin... il n’est pas rare que les patients soient traités au long cours avec des doses relativement élevées, par crainte du risque d’insuffisance hormonale. Par ailleurs, la grande majorité (90%) des patients ne sont pas suivis toute leur vie à l’âge adulte par des experts. Mais ne pas s’y tromper : ce qui est vrai dans un pays se retrouve partout dans le monde. L’étude I-CAH (International Registry on Congenital Adrenal Hyperplasia) révèle tout à fait le même phénomène à échelle internationale. Les échanges collaboratifs sur les pratiques des spécialistes doivent être soutenus, encouragés, de façon à cumuler les données et parvenir à identifier ce qui constituera les soins prodigués les plus pertinents et les moins risqués. D’une pratique médicale à l’autre, s’agit-il simplement d’alternatives comparables et interchangeables, ou y a-t-il un réel impact à long terme ? En matière d’innovation, c’est aussi vers un nouveau médicament qu’il faut porter son intérêt cette année : le Crinecerfont, qui agit en bloquant le contrôle cérébral des glandes surrénales, a fait l’objet d’une étude de phase 3. Cela signifie qu’il a été testé chez des vrais patients pour obtenir des conclusions quant à son efficacité en pratique réelle. Son administration vient non pas remplacer mais compléter celle des médicaments conventionnellement utilisés (hydrocortisone, ndlr), et permettre d’en réduire les doses administrées. Ce bénéfice se comprend car l’hydrocortisone doit remplacer l’hormone déficitaire chez les patients, le cortisol, mais elle peut présenter d’autres risques lorsqu’elle est prise à dose importante et pendant une longue durée. Les résultats sont bons, car l’utilisation du Crinecerfont a permis de baisser les doses d’hydrocortisone de 28% chez l'adulte, et de 18% chez les enfants. Le tout en obtenant un meilleur contrôle, attesté par les dosages biologiques. Quant à la tolérance par les patients, elle était satisfaisante car il a été retrouvé notamment des effets secondaires assez communs, à type de maux de tête et fatigue (24% des patients). Néanmoins il est complexe d’en attribuer la cause à la molécule testée, et ces effets secondaires ne sont pas toujours durables. Les bénéfices à long terme de cette réduction de dose d’hydrocortisone est encore la question qui demeurera tant que l’utilisation prolongée de ce nouveau médicament n’aura pas été testée. Il y a néanmoins de quoi avoir de bons espoirs.
Références bibliographiques
Pr. Nils Krone, ESPE Annual Meeting 2024 Pr. Richard Auchus, ESPE Annual Meeting 2024

