Rétrospectives des boursiers FIRENDO du Congrès de l'ENDOcrine Society 2024, Boston

Auteur : Mirela-Diana ILIE ; Gérald RAVEROT, gerald.raverot@chu-lyon.fr

Le domaine des tumeurs hypophysaires agressives a connu une évolution importante depuis la publication des premières guidelines en 2018. Un aperçu de ce qui changera dans les nouvelles guidelines qui paraîtront bientôt, ainsi que des nouveautés significatives, ont été présentées dans ce symposium.


Prise en charge des tumeurs hypophysaires agressives – une mise à jour multidisciplinaire (Congrès de l’ENDOcrine Society 2024)


Selon les guidelines de la Société Européenne d’Endocrinologie, le diagnostic d'une tumeur hypophysaire agressive doit être fait chez les patients présentant soit une tumeur radiologiquement invasive qui a une croissance tumorale inhabituellement rapide, soit sur une croissance tumorale cliniquement significative malgré un traitement multimodal optimal incluant les thérapies standard : chirurgie, radiothérapie et traitements médicaux conventionnels, c’est-à-dire ligands des récepteurs de la somatostatine et agonistes des récepteurs dopaminergiques de type 2. Le diagnostique d’un carcinome hypophysaire doit être fait sur la présence des métastases. Les types histologiques qui constituent la majorité des tumeurs hypophysaires agressives et des carcinomes hypophysaires sont représentés par les tumeurs corticotropes et lactotropes. Les mutations associées avec l’agressivité sont différentes entre ces types histologiques, soulignant l’importance de les étudier séparément. En effet, si dans les tumeurs corticotropes, les mutations des gènes P53 et ATRX sont les plus associées à l’agressivité, dans les tumeurs lactotropes, c’est le cas des mutations du gène SF3B1. De plus, une étude très récente a montré que dans les tumeurs corticotropes, les altérations chromosomiales, notamment les pertes chromosomiales, seraient également associées à l’agressivité. Concernant le traitement des tumeurs hypophysaires agressives et des carcinomes hypophysaires, le temozolomide, une chimiothérapie alkylante, qui est le traitement de première ligne après l’échec des thérapies standard dans les guidelines de 2018, restera également le traitement de première ligne dans la nouvelle version des guidelines. Cependant, si l’immunohistochimie du MGMT (O6-methylguanine-DNA methyltransferase) était suggérée dans la version actuelle des guidelines comme potentiel marqueur prédictif de réponse au traitement, ceci ne sera plus le cas dans la nouvelle version des guidelines. Pour les tumeurs qui répondent initialement au temozolomide, mais qui par la suite progressent à nouveau, un deuxième essai du temozolomide sera recommandé. En revanche, si les tumeurs progressent sous temozolomide, par rapport aux guidelines actuelles, qui ne privilégiaient aucun traitement en deuxième ligne, dans les nouvelles guidelines, l’immunothérapie sera recommandée, notamment pour les carcinomes hypophysaires et pour les tumeurs hypophysaires agressives avec une déficience du système MMR (mismatch repair). Enfin, la place de la chirurgie et de la radiothérapie restera importante dans la prise en charge de ces tumeurs. Concernant la chirurgie, des études récentes montrent l’intérêt potentiel d’une approche chirurgicale plus « agressive », combinant une chirurgie transsphénoïdale avec une chirurgie de la base du crâne et éventuellement une chirurgie intracaverneuse. La publication prochaine des guidelines révisées devrait ainsi proposer de nouvelles stratégies thérapeutiques et une meilleure identification des tumeurs hypophysaires de mauvais pronostic.


Références bibliographiques

Gerald Raverot, Pia Burman, Ann McCormack, Anthony Heaney, Stephan Petersenn, Vera Popovic, Jacqueline Trouillas, Olaf M Dekkers, The European Society of Endocrinology, European Society of Endocrinology Clinical Practice Guidelines for the management of aggressive pituitary tumours and carcinomas, European Journal of Endocrinology, Volume 178, Issue 1, Jan 2018, Pages G1–G24, https://doi.org/10.1530/EJE-17-0796