Rétrospective de Mathilde Munier, boursière FIRENDO au congrès SFE 2026 à Bordeaux // Les organoïdes thyroïdiens : une voie thérapeutique pour l’hypothyroïdie congénitale ?

Auteur : Mathilde MUNIER, mathilde.munier@univ-angers.fr

Boursiers FIRENDO SFE

Et si une cellule de peau pouvait reconstruire une thyroïde ? Face à l’hypothyroïdie, des chercheurs ont obtenu, à partir de cellules d’un patient sans thyroïde, des follicules sécrétant de la T4. Un espoir thérapeutique à découvrir !


L’hypothyroïdisme congénital (1 cas pour 1500 à 4000 naissances vivantes) s’observe par un déficit en hormones thyroïdiennes à la naissance. Ce déficit a de graves répercussions sur le développement neurologique et squelettique. La plupart des cas d'hypothyroïdie congénitale sont dus à une altération de l'organogenèse et de la migration thyroïdiennes (85 %), entraînant une dysgénésie thyroïdienne, tandis que les cas restants (15 %) sont associés à une incapacité à produire des quantités normales d’hormones thyroïdiennes (dyshormonogenèse) alors que la glande est en place. Un tiers des patients atteints d’hypothyroïdie ne reçoivent pas de traitement adéquat. 

Les organoïdes thyroïdiens sont une structure tridimensionnelle multicellulaire, cultivée in vitro à partir de cellules souches, qui s’auto-organise et reproduit, en miniature et de façon simplifiée, l’architecture et certaines fonctions de la thyroïde. La différenciation passe par toutes les étapes de la formation de la glande et offre un modèle d’étude du développement et de modélisation des maladies thyroïdiennes. 

Grâce à ces outils cellulaires, l’équipe de Romitti (Bruxelles) a modéliser un cas d’hypothyroïdisme congénital : un patient présentant un déficit de production d'hormones thyroïdiennes (Tg<0.2 ug/L ; TSH 327 mU/ml) et une absence de tissu thyroïdien détectable par scintigraphie. Aucun facteur génétique n'a été identifié par le séquençage de l'exome du patient. Des cellules somatiques du patient sont prélevées et sont reprogrammées en cellules souches, par une transduction des gènes NKX2.1 et PAX8, codant pour des facteurs de transcription exprimés dans les cellules souches à l’origine des progéniteurs thyroïdiens. Ces cellules modifiées, appelées iPSC (cellules souches pluripotentes induites), sont ensuite dérivées en organoïdes thyroïdiens. Pour cela, les cellules sont d’abord cultivées en 2D en présence des facteurs de croissance BMP4 et FGF2. Elles sont ensuite cultivées en 3D dans du matrigel, en présence d’AMP cyclique mais également des hormones TSH, IGF1, dexaméthasone. A partir des cellules somatiques du patient atteint d’athyreosis, l’équipe a réussi à développer des follicules thyroïdiens fonctionnels sécrétant de l’hormone thyroïdienne T4. Cette étude ouvre la voie à des perspectives thérapeutiques prometteuses dans la prise en charge de l’hypothyroïdisme congénital. 

Les organoïdes thyroïdiens humains sont intéressants pour la compréhension du développement, la modélisation des maladies et pourraient servir d’outil thérapeutique.