Rétrospectives des boursiers FIRENDO du congrès ECE 2026 à Prague// Diagnostic et traitement ciblé de l’aldostéronisme primaire

Auteur : Rania Nait Challal, rnaitchallal@gmail.com

Les boursiers FIRENDO et le Pr Jérôme Bertherat au congrès ECE 2026 à Prague

Les boursiers FIRENDO et le Pr Jérôme Bertherat au congrès ECE 2026 à Prague

Lors du Congrès Européen d’Endocrinologie, le Dr Adina Turcu a rappelé que l’hyperaldostéronisme primaire est une cause fréquente, sous diagnostiquée et traitable d’hypertension artérielle secondaire.

 


Diagnostic et traitement ciblé de l’aldostéronisme primaire – Dr Adina Turcu, Congrès européen d’endocrinologie, Prague, mai 2026

L’hyperaldostéronisme primaire (HAP) est aujourd’hui reconnu comme la cause endocrinienne la plus fréquente d’hypertension artérielle secondaire. Cette communication a mis en évidence trois idées clés : c’est une maladie fréquente, elle présente un risque cardio-rénal et métabolique majeur, il existe un traitement ciblé. Les recommandations 2025 de l’Endocrine Society suggèrent désormais de dépister l’HAP chez tous les patients présentant une hypertension artérielle.

L’hyperaldostéronisme primaire correspond à une production autonome d’aldostérone par la corticosurrénale associée à une rénine basse ou effondrée. Cette sécrétion devient excessive et échappe au contrôle habituel du système rénine-angiotensine. Au niveau rénal, l’excès d’aldostérone augmente la réabsorption de sodium et favorise l’excrétion urinaire du potassium. Le tableau clinique est dominé par l’hypertension artérielle. Bien que l’hypokaliémie soit une manifestation classique, elle est absente chez la majorité des patients. Ces derniers peuvent donc présenter une hypertension artérielle isolée.

Le dépistage de l’HAP repose sur un dosage conjoint de l’aldostérone et de la rénine. L’ARR, ou rapport aldostérone/rénine, a longtemps été utilisé comme outil d’orientation, mais il ne doit pas être interprété isolément. Selon la présentation, l’élément le plus informatif est l’association d’une rénine basse ou effondrée avec une aldostérone inappropriée. En pratique, une concentration plasmatique d’aldostérone ≥ 10 ng/dL en immunodosage, ou > 7,5 ng/dL en LC-MS/MS, associée à une activité rénine plasmatique (PRA) ≤ 1 ng/mL/h ou à une concentration directe de rénine (DRC) ≤ 5,2 ng/L, oriente vers un diagnostic positif.

La majorité des laboratoires utilisent désormais la concentration directe de rénine, plutôt que l’activité rénine plasmatique. Le dosage est plus simple et plus rapide. La conférencière a rappelé que "l’ARR n’est pas une HbA1c" : il s’agit d’un indicateur dynamique, très dépendant du contexte. Ses seuils doivent donc être interprétés avec la probabilité clinique avant test, la kaliémie, les traitements interférents et les valeurs de référence du laboratoire.

Le test de suppression de l’aldostérone n’est pas systématique. Il est surtout utile dans les situations intermédiaires, lorsque le diagnostic biologique reste incertain et qu’une prise en charge chirurgicale est envisagée. Il n’est généralement pas indiqué dans les formes sévères évidentes, ni dans les formes légères relevant d’un traitement médical, chez les patients non candidats à la chirurgie ou dans les formes familiales.

Lorsque la chirurgie est envisagée, le cathétérisme des veines surrénaliennes permet de rechercher une sécrétion unilatérale d’aldostérone. Il est particulièrement discuté dans les formes intermédiaires après test de suppression positif, ou dans les formes sévères, après imagerie surrénalienne. Pour les autres patients, le traitement médical repose principalement sur les antagonistes du récepteur minéralocorticoïde, avec la spironolactone en première intention. L’éplérénone est plus sélective, mais moins puissante ; en cas d’intolérance, l’amiloride peut être proposé.


Références bibliographiques

Primary Aldosteronism: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. Publié dans The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, septembre 2025, DOI : 10.1210/clinem/dgaf284